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  • Clément Chaudier

Dispositif « chèque psy » : que faut-il retenir ?

Aujourd'hui, SPEAK EASY te parle du nouveau dispositif gouvernemental surnommé " chèque psy ".


A quoi sert-il ? A qui s'adresse-t-il ? Quels sont ses limites ? Que faut-il en retenir ?


On te décortique ce sujet d'actualité brulante 🔥



Qu’est-ce que les « chèques psy » ?


Le « chèque d’accompagnement psychologique » (CAP) ou " chèque psy " est un dispositif gouvernemental mis en place afin d’apporter un soutien financier aux étudiants en détresse psychologique.


En vigueur depuis février, cette aide fait suite aux mesures prises par le Président de la République face aux appels de détresse des étudiants.


Concrètement, ce programme propose une prise en charge financière des séances chez un psychologue, psychiatre ou psychothérapeute pour l’ensemble des étudiants du territoire français.



Comment ce dispositif fonctionne ?

Pour pouvoir bénéficier de ce dispositif, il faut que la personne passe par son médecin généraliste ou par le service de santé universitaire (SSU). Cette consultation permet de récupérer une ordonnance de soins afin d’accéder aux séances de psychologues.


En ce qui concerne le psychologue, l’étudiant a le choix. Toutefois, celui-ci doit être affilié au dispositif « Santé Psy Étudiants ». Le détail des psychologues partenaires se trouve sur le site du gouvernement : santepsy.etudiants.gouv.fr.

Mis en ligne depuis le 10 mars, ce site détaille l’ensemble des principes et conditions du dispositif pour les personnes cherchant des informations complémentaires.

Combien de séances cela représente-t-il ?


Les « chèques psy » sont en réalité un forfait donnant le droit à 3 consultations de 45 minutes. Il est important de préciser que les séances sont financées en intégralité ; ainsi aucun frais n’est à avancer pour les étudiants.


Ce forfait de 3 séances peut être renouvelé une seule et unique fois. Au total, l’étudiant peut donc bénéficier de 6 séances chez le psychologue.


Au niveau logistique, le patient peut aussi bien prendre rendez-vous en cabinet qu’en ligne.


Il est important cependant de mettre en avant l’effort financier supporté par les psychologues.

Ces derniers ne facturent au ministère que 30 € par séance. Un tarif qui est, dans une immense majorité des cas, bien en deçà des honoraires pratiqués en libéral.



Que vaut réellement ce dispositif ?

Maintenant que le principe et le fonctionnement de ce dispositif sont expliqués, il est temps de vous donner l’avis de SPEAK EASY sur ces fameux chèques psy.


Évidemment cet avis n’implique que nous. Vous avez le droit de ne pas être d’accord 🙅🏻 🙅🏽‍♂️


Sur le principe, les chèques psy sont une excellente initiative. Ils viennent répondre à un besoin urgent et d’une extrême importance à savoir la détresse psychologique des étudiants.


Depuis la crise sanitaire, les étudiants sont en grande souffrance :

absence de cours, perte de liens sociaux, sentiment d’isolement, précarité financière, ennui et perte de sens…

De plus, l’absence de frais à engager pour les étudiants est également un énorme avantage. Leur précarité ne leur aurait pas permis d’avancer les honoraires. Sur cet aspect, le gouvernement a eu tout juste. Pour le reste, c’est nettement moins évident…


Retour sur 3 points essentiels ⬇️


1) Le timing ⏳


Le premier élément qui interroge est le timing. Cela fait des mois et des mois que la souffrance des jeunes est exposée médiatiquement. Les lanceurs d’alerte ont été nombreux. Or, le gouvernement a agi très voire trop tardivement. Ce qui n’est pas acceptable.


Le mal était fait si l’on peut dire. La situation personnelle de milliers d’étudiants était déjà largement dégradée. Le gouvernement n’a jamais donné l’impression de maitriser la situation. Pire de s’y intéresser réellement.


Il a afin agi ou plutôt réagi face à une situation devenue insoutenable quand on l’attendait dans un rôle de protecteur qui anticipe afin de protéger ses citoyens.


Citoyens qui représentent, en plus, l’avenir de la société. Les conséquences de cette négligence sont désastreuses et nombreuses. La première étant le rejet total de l’action gouvernemental par cette partie de la population.


2) La communication 💬


Comme expliqué par Patrick Conrath et Maria Ouazzani, les contours de l’annonce du chèque psy sont eux aussi lamentables. Tout a été fait à l’envers. En dépit du bon sens.


S’il fallait résumer la situation en une formule celle-ci serait la suivante :


une annonce sur-médiatisée, un intitulé choc pour un cafouillage habituel concernant les modalités de fonctionnement.

La forme a été privilégiée au fond. Encore une fois serait-on tenté de dire. Qui plus est sans concertation avec les psychologues eux-mêmes.


Et c’est ce qui rend le dispositif, à nos yeux en tout cas, dénué de bons sens. En effet, on demande aujourd’hui à une profession entière de prendre en charge une partie de l’effort financier (séance à 30 €) sans contrepartie ni reconnaissance.


Alors même que les psychologues apparaissent comme un corps de métier vital à l’équilibre et au bien-être de notre société.


3) Les modalités du dispositif ⚙️


Si la forme du dispositif semble excellente, le fond et les modalités d’application possèdent d’évidentes limites. Limites qui nuisent cruellement à l’intérêt et à l’efficacité même du dispositif laissant apparaître un vrai décalage de vision.


D’un côté, nous avons des étudiants en souffrance qui ont besoin d’un accompagnement sur le long terme. Les différents problèmes énumérés (de manière non exhaustive) ne peuvent être traités sur le court terme.


La plaie est profonde et un simple pansement ne suffira pas. Il faut recoudre et les points de suture sont nombreux.

De l’autre, un gouvernement qui propose une solution à court terme inadaptée.


En effet, les 3 séances renouvelables une seule fois ne sont pas suffisantes. En partant du principe que la première séance sert à faire connaissance et à poser un cadre thérapeutique, cela laisse au psychologue et patient seulement 5 séances pour travailler.


Comment avec un tel délai, le psychologue est-il capable d’amorcer la compréhension du problème, la restitution du cadre de vie, l’analyse qui en découle et l’application des pistes de réflexion ?


Comment avec un tel délai, le patient peut-il être capable de faire un vrai travail d’introspection et d’analyse sur soi afin d’évoluer ?


Les bénéfices thérapeutiques risquent d’être très limités avec seulement 6 séances maximum. Évidemment, c'est toujours mieux que rien. En 6 séances, des progrès peuvent être perçus, des blocages peuvent être réglés, des tensions peuvent être apaisées...


Et SPEAK EASY incite chaque étudiant qui se sent mal à utiliser ce dispositif. On regrette juste que le gouvernement n'aille pas a bout des choses.


De plus, le choix du psychologue se trouve franchement limité. Et c’est logique. Les psychologues ne se sentent pas reconnus et pris en considération alors même qu’on leur demande de souscrire à un dispositif qui leur propose des conditions de travail bancales et désavantageuses financièrement.


Ainsi, les étudiants s’en retrouvent lésés. Notamment ceux qui vivent en zone péri-urbaine ou reculée et qui n’ont pas ou très peu de choix au moment de consulter.


Sans parler de la future frustration de devoir arrêter en cours de route la thérapie par faute de moyen.

Enfin, la lourdeur du procédé est absurde et démotivante.


Entre les démarches en ligne, le ou les rendez-vous (en cas de renouvellement) chez le médecin ou le service universitaire, le traitement de l’ordonnance de soin à remettre et d’autres dossiers à remplir, l’étudiant ne peut que se sentir lassé par une démarche longue et contraignante.


Si on caricature, le temps de délai du dispositif est supérieur à celui de la thérapie.


Le mot de la fin


Pour résumé, les limites de « chèque psy » font apparaître un projet mal pensé et calibré qui ne répond pas de manière structurelle au problème initial. C’est d’autant plus dommage que l’esquisse originale laissait deviner un projet ambitieux et moderne à même de réconcilier la jeunesse avec la pratique psychologique.


Cette impulsion aurait pu s’accompagner dans un second temps d’une réflexion plus globale menant au remboursement partiel ou intégral des séances pour l’ensemble de la population.

À l’heure d’une crise sanitaire sans fin et d’un bouleversement inexorable de nos modes de vie (télétravail, interactions sociales, gestes barrières, rapport à l’autre), il parait néanmoins inéluctable d’encourager les individus à prendre soin de leur santé mentale.

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